1er article dans le Progrès - Lyon Métropole

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Un petit carnet magnifique, marqueté et relié à l’ancienne avec soin…

Une vision duluxe proposée par Mathilde Rinck et Lisa Saignol qui

cartonne déjà auprès d’un public à la recherche d’un objet hors-norme. Rencontre.

Rinck. Un nom de famille lyonnais qui, durant plus d’un siècle, fleurait bon le houblon du côté du cours Charlemagne.

Mais cette fois-ci, de bière il n’est plus question. Mathilde Rinck et son associée Lisa Saignol se sont lancées dans la manufacture haut de gamme.

Petit retour en arrière dans l’esprit Amicalement vôtre. Fin des années 2000. Les deux jeunes femmes sont au lycée ensemble sur les pentes de la Croix-Rousse. Puis elles se perdent de vue… Mathilde se dirige vers la comptabilité et la gestion, sans passion. Ce qu’elle aime, c’est décrire des scènes, faire des croquis… et tout compiler dans son carnet. Un voyage à Londres provoque le déclic : elle ne trouve pas son bonheur parmi les cahiers standardisés. Elle en veut un qui soit unique et jamais vu. De son côté, Lisa fait le choix de la restauration d’œuvres d’art. Elle part à Erevan en Arménie et découvre des manuscrits parmi les plus beaux au monde. Elle s’initie aux méthodes de conservation, mais aussi à une technique de reliure ancestrale : la couture à la grecque (lire par ailleurs).

Le hasard veut qu’elles se retrouvent finalement place Sathonay, à Lyon, en novembre 2014. Mathilde cherche une spécialiste pour fabriquer son cahier et Lisa possède le savoir-faire. Le premier essai est fait à base de papier de carton… Les deux jeunes femmes ne vont plus se quitter.

Une technique écoresponsable

Elles partagent le même goût pour la recherche de la perfection. Et rapidement mettent tout en oeuvre pour faire progresser leur projet. « Notre volonté, c’était de montrer notre travail. Or la reliure est de principe cachée par le dos de l’ouvrage, explique Mathilde Rinck. Ce travail exceptionnel, il fallait le montrer ! Nous avons donc cherché à dévoiler l’invisible sans pour autant révéler le savoir-faire ». Durant trois ans, elles peaufinent leur carnet, se penchant à la fois sur le matériel et les matières premières : la colle est à base d’eau, le bois et le papier certifiés, le tout respectant et préservant l’environnement.

Grâce au bouche-à-oreille et à leur technique en perpétuelle évolution, des commandes de particuliers arrivent régulièrement : des carnets personnalisés pour le consulat de la Biélorussie, des pièces uniques pour les galeries Perrotin à Paris et Daltra à Megève. Côté marqueterie, elles se font conseiller par le Meilleur Ouvrier de France Jean-François Telley qui leur transmet un principe de base de la recherche de la perfection : l’intérieur doit être aussi beau que l’extérieur ! « Cet objet représente notre vision du luxe, l’élégance à la française, rajoute Lisa Saignol. Il y a certes des imperfections, c’est aussi le gage du fait main. » Si l’entreprise est immatriculée depuis mars 2015, ce n’est qu’au début de l’année 2018 qu’elles considèrent leur produit « fini ». « Nous avons déposé à l’INPI notre modèle de « reliure apparente », un savoir- faire unique en son genre. Des centaines d’heures de recherches et aujourd’hui cinq heures de fabrication pour une pièce unique qui explique le prix relativement élevé (lire par ailleurs). L’ouvrage final possède des propriétés remarquables : esthétiquement réussi, il permet d’écrire à plat et surtout est d’une solidité à toute épreuve. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la clientèle séduite, habituée au luxe, est principalement internationale… Installées désormais à Oullins dans des locaux plus spacieux que leur précédent lieu de fabrication à Lyon, les co-fondatrices de Rinck Manufacture se tournent progressivement vers les entreprises : les jeunes femmes cherchent à séduire les maisons de luxe… Elles pensent également à Noël en proposant un agenda recouvert de pierre naturelle. Car ce que souhaite Rinck Manufacture c’est écrire une nouvelle page… du luxe « à la française ».

David TAPISSIER